Economie de Communion - La culture du don

A l’occasion du 25ème anniversaire du lancement de l’économie de communion, le groupe EdeC de la région PACA a invité Anouk Grevin, enseignant chercheur en management, membre de la Commission internationale EdeC, a présenter comment « partager des richesses et des relations » , le 24 septembre 2016, à l’école de management EMD.

marseille-24sept2016

Écrit par Antonella Ferrucci pour le site international edc-online.org

Ouverture des inscriptions pour le 6ème Congrès pour entrepreneurs et dirigeants européens d’entreprises ÉdeC qui se déroulera à Baar en octobre prochain. Titre du congrès :

Économie de communion: une économie pour tous

Logo Baar 2016 FR20-23 octobre 2016
Eckstein
Begegnungs-und Bildundszentrum
Langgasse 9
6340 Baar (Suisse)

On est en pleins préparatifs du prochain congrès ÉdeC pour entrepreneurs, sale dirigeants et autres personnes intéressées qui se déroulera en octobre prochain. Tandis qu’il arrive à sa sixième édition, approved le congrès se déroule pour la  seconde fois à Baar; sa dernière édition, en octobre 2014, s’est tenue en Croatie, à Krizevci à la Mariapolis Faro.

Né du petit groupe ÉdeC des pays du Centre et du Nord de l’Europe (Belgique, Pays-Bas, France, Autriche, Allemagne et Suisse), ce rendez-vous implique désormais l’Europe Orientale et la plus grande partie de l’Europe Occidentale jusqu’au Portugal. Pour beaucoup c’est devenu la date la plus importante dans l’agenda ÉdeC de l’année : une très belle opportunité pour entrer en contact avec beaucoup d’autres qui conçoivent l’économie de la même façon, Dio Misericordia Michel Pochetune économie qui inclut et sert l’homme, et non qui exclut et asservit l’homme.

Le rendez-vous de cette année a pour titre: «Une économie pour tous», même titre que le congrès international des 25 ans de l’ÉdeC aux Philippines en mai dernier.

Le programme commencera avec le vernissage d’une exposition des œuvres de Michel Pochet sur «Dieu miséricorde », un début insolite pour ce genre de réunion mais qui a pour but d’inviter les participants à « regarder au-delà » et à se plonger dans ces journées avec une âme élargie à l’homme tout entier, avec ses besoins les plus profonds qui comprennent aussi la beauté au-delà de la nourriture et du travail.

En cette année 2016 qui est le 25ème anniversaire de la naissance de l’ÉdeC, ça vaut la peine de s’arrêter un instant et de regarder de plus près l’ ÉdeC d’aujourd’hui. Réussit-elle à incarner la vision prophétique dont elle est née ? Est-elle en capacité de faire expérimenter cette « économie pour tous » dans ses réalisations actuelles ? A ces questions fondamentales, les participants du prochain congrès de Baar chercheront ensemble des réponses en partageant de nombreuses expériences de toute l’Europe, en approfondissant les aspects essentiels de l’ÉdeC et en cherchant à l’actualiser dans le monde et l’économie d’aujourd’hui. Un grand défi qu’on ne peut affronter qu’ensemble. On vous attend donc nombreux. A bientôt à Baar!

A qui s’adresse cette invitation?

Entrepreneurs, dirigeants d’entreprise, étudiants et tous ceux qui souhaitent approfondir ensemble l’Economie de Communion du point de vue théorique et pratique, recevoir de nouvelles inspirations pour une action économique solidaire et orientée au bien commun.

Informations générales:

  • Tarifs: Pension complète et frais d’inscription:
    Seul : CHF 390,-
    En couple: CHF 330,-
    Chambre à plusieurs: CHF 300,-
    Etudiants ou jeunes qui ne travaillent pas: CHF 210,-
    Tarif sans hébergement (repas et frais d’inscription): CHF 234,-
  • Inscriptions avant le 1er octobre 2016:
    via internet:   https://www.zentrum-eckstein.ch/fr/manifestations/
    via mail:   edc-wig@fokolar.ch
    via fax:   +41 (0) 41 7664602
    via courrier postal: Begegnungs- und Bildungszentrum Eckstein,
    Langgasse 9, CH-6340 Baar
  • Accès par la route: https://www.zentrum-eckstein.ch/fr/qui-sommes-nous/situation/

    Contact pour la France:   contact@economie-de-communion.fr

Cover Edc42

Un bref rapport sur la vie de l’Economie de communion dans le monde, daté février 2016, est disponible à l’adresse suivante:

http://www.edc-online.org/fr/publications/rapport-edec/rapport-edec-2014-2015.html

Les voix des jours / 1 – Qui le connaît peut aussi y renoncer, doctor sans le proclamer

Par Luigino Bruni

Paru dans Avvenire le 28/02/2016

Girasole Maika rid« C’est une loi de l’univers qu’on ne peut pas être heureux sans rendre heureux les autres »

Antonio Genovesi, capsule Lettere

Un jour je te le dirai : j’ai renoncé à mon bonheur, viagra dosage pour toi’. Les premières paroles de la chanson des ‘Stadio’, lauréate du dernier festival de San Remo, nous donnent l’occasion de réfléchir à notre bonheur et à celui des autres. Notre civilisation a centré son humanisme sur la recherche du bonheur individuel, laissant toujours plus au second plan les autres valeurs et le bonheur des autres – à moins qu’ils ne servent à augmenter le propre bonheur.

Ainsi n’avons-nous plus de repères pour comprendre les choix (encore existants) de ceux qui renoncent, consciemment, au propre bonheur pour celui d’un autre. Nous avons conçu et construit une éthique, la seule en vigueur sur les places, qui n’est plus à même de comprendre des décisions et des styles de vie n’ayant pas pour objectif principal le bonheur individuel.

Le bonheur a une très longue histoire. L’humanisme chrétien a apporté une grande nouveauté par rapport à la culture grecque et romaine : il a proposé dès le début une vision du « bonheur limité », où la recherche du bonheur individuel n’est pas le but ultime de la vie, mais est subordonné à d’autres valeurs, comme le bonheur de la communauté, de la famille, ou le paradis. Pendant des siècles nous avons pensé que le seul bonheur qu’on puisse viser était celui des autres, celui de tous. La pierre angulaire de l’éducation dans la génération de nos parents consistait à mettre le bonheur des enfants avant le leur.

Elles sont aussi nombreuses que les grains de sable au bord de la mer les femmes qui ont renoncé, librement souvent, au propre bonheur pour que leurs enfants soient heureux, au moins plus qu’elles. Les sacrifices et les économies des parents étaient pour le bonheur des enfants et petits-enfants – un monde sans enfants, sans le bonheur des enfants, ne comprend plus l’épargne, qui s’est mué en investissement ou spéculation.

C’est cette « dynamique inter-temporelle du bonheur » qui a lié en fraternité les générations entre elles, qui a fait partir les migrants pour qu’ils envoient au foyer d’origine la plus grande part de leur salaire amèrement gagné, et qui souvent les a fait revenir. Le « taux d’intérêt » du propre bonheur dans l’aujourd’hui était négatif parce que pesaient davantage le bonheur futur et celui des enfants.

La modernité a profondément mis en crise cette antique et fondamentale idée du bonheur, et, à sa place, une idée typique du monde préchrétien a fait son chemin : notre bonheur est le bien absolu, le plus grand bien, le but duquel dépend secondairement tout autre objectif. C’est ainsi qu’en Amérique « le recherche du bonheur » (1776) a été proclamée droit individuel inaliénable, et qu’elle forme l’un des trois piliers de la civilisation des modernes : la vie, la liberté et la bonheur. Le monde latin catholique, au contraire, plus lié à ses racines médiévales, a continué à penser que le bonheur individuel ne suffit pas pour fonder une société, lui préférant le « bonheur public ». La Constitution italienne a voulu mettre en premier le travail, dont les valeurs sont autres que celles du bonheur : fatigue, devoir, effort.

L’économie contemporaine est de matrice culturelle anglo-saxonne, et a parfaitement épousé l’idéal du bonheur individuel. La logique économique fait de chaque choix, même le plus généreux, la maximalisation du propre bien-être individuel.

Les goûts et les préférences des personnes en matière de bonheur sont multiples, chacun cherchant à le maximaliser à sa manière ; mais il est logiquement impossible d’imaginer qu’on puisse chercher une chose qui n’augmente pas le propre bonheur. Même le pur altruiste cherche son bonheur à travers ses comportements altruistes. Une mère peut faire des choix pour le bonheur de sa fille, mais si ses choix sont vraiment libres, ils nous révèlent qu’un autre choix eut été mauvais.

L’économie considère que le monde n’est habité que de gens qui visent le plus grand bonheur possible, que les gens apparemment tristes sont en réalité heureux d’une autre manière, ou n’ont pas assez de ressources pour arriver au bonheur, ou ne savent pas ce qu’ils veulent par manque d’information. De ce point de vue, prédominant en économie et dans les mentalités, il est impensable de renoncer volontairement au bonheur. Seuls les idiots, pense-t-on, décident délibérément de restreindre leur propre bonheur.

Cette vision des choix humains peut expliquer beaucoup de choses, mais échoue à expliquer ces quelques choix décisifs dont dépend quasiment toute la qualité morale et spirituelle de notre vie. Quand Abraham se mit en route avec Isaac vers le Mont Moria il ne pensait certes pas à son propre bonheur. Peut-être ne pensait-il qu’au bonheur de son fils, mais en tout cas il suivait une voix, très douloureuse, qui l’appelait. Et comme lui, beaucoup continuent de gravir les Monts Moria de leur vie.

Les moments, les actes et les choix ne sont pas tous les mêmes au long de notre existence. Presque tous s’expliquent par la sémantique de la logique économique de la recherche du bonheur. Mais la recherche du bonheur n’explique en rien d’autres actes et choix. Pour comprendre ces situations, il nous faut au contraire penser que nous sommes appelés à choisir entre divers principes et valeurs qui s’opposent. Il y a beaucoup de bonnes choses dans notre vie que ne se mesurent pas à l’échelle de notre bonheur, ni même, pour certaines, à l’échelle du bonheur des autres. Les choix les plus importants sont presque toujours tragiques : nous ne choisissons pas entre un bien et un mal, mais entre deux ou plusieurs biens. Et il y a aussi des décisions qui sortent du registre du calcul. D’autres fois même nous ne parvenons pas à choisir, mais seulement à prononcer docilement un « oui ». Il y a sur terre beaucoup de femmes et d’hommes qui en certains moments décisifs ne cherchent pas leur propre bonheur.

Bien qu’Aristote nous ait enseigné que le bonheur (eudaimonia) est le but ultime, le bien suprême, il y a en fait dans la vie plusieurs finalités, plusieurs biens suprêmes, qui peuvent s’opposer entre eux. Beaucoup de grandes belles choses de la vie se trouvent à un carrefour où s’opèrent les choix décisifs. Bonheur, vérité, justice, fidélité, sont tous des biens primordiaux, qui ne peuvent se réduire à un seul, fusse le bonheur. Nous pouvons avoir une idée claire du choix qui nous rendra plus heureux, y inclure toutes les belles choses de la vie, les plus sublimes, et nous pouvons pourtant décider librement de ne pas choisir notre bonheur en raison de l’appel d’autres valeurs en jeu, pour découvrir finalement une parole nouvelle : la joie, qui, contrairement au bonheur, ne peut être recherchée, mais seulement accueillie comme un don.

Qui a laissé sa bonne empreinte sur la terre n’a pas vécu en cherchant son propre bonheur. Il l’a trouvé trop petit. Il l’a trouvé, parfois, mais ne s’est pas arrêté pour le ramasser ; il a préféré continuer à suivre une voix. Au bout du parcours, s’il restera quelque chose, ce ne sera pas le bonheur amassé mais des choses beaucoup plus vraies et sérieuses. Nous sommes beaucoup plus grands que notre bonheur.

Il est donc vraiment possible de « renoncer à mon bonheur, pour toi ». Avec une seule différence : il ne faut jamais en parler aux enfants. Il ne faut en parler à personne, pas même à nous-mêmes. Il suffit de l’avoir fait, quelquefois, au moins une fois.

Lire le dossier Economie de communion HD

Le jour même de l’anniversaire de la naissance de Chiara Lubich, drug Leo Andringa a terminé sa course et l’a rejointe au ciel.

Leo 250 ridLeo Andringa, abortion  hollandais, était membre de la Commission Internationale EdeC depuis le début, et par son travail il a toujours soutenu le projet. En 2008, libéré de ses fonctions professionnelles, il s’est transféré avec son épouse Anneke dans les « Castelli Romani », auprès du Centre international du Mouvement des Focolari, pour se consacrer à temps plein à l’EdeC.

Il est impossible d’exprimer en quelques mots ce que Leo a représenté pour l’Économie de Communion. Disons qu’il a vraiment été un économiste et un homme de communion, témoin de la culture du don, pionnier de l’EdeC. Aujourd’hui même, Luigino Bruni a écrit à son sujet : « Il fait partie des meilleures personnes que j’ai connues, il a été un don immense pour moi et pour l’Économie de Communion ».

La nouvelle de son départ s’est répandue très vite dans le monde de l’EdeC, et de tous les coins du monde arrivent d’émouvants signes de gratitude et d’affection à son égard. À Leo, de nous tous de l’EdeC, un immense merci !

Les 16 et 17 octobre à Mariënkroon (Nieuwkuijk) et à Utrecht

par Antonella Ferrucci

151016 Marienkroon Expert Meeting 02 ridLa gratuité en économie : tel a été le leitmotiv des deux événements qui se sont déroulés le week-end dernier en Hollande, side effects à l’initiative du Mouvement des Focolari et de la Fondation Thomas More. Le premier colloque, information pills appelé « Expert Meeting » par les organisateurs, pharm s’est tenu à la cité pilote Mariënkron du Mouvement des Focolari à Nieuwkuijk, vendredi après-midi et samedi matin : 18 professeurs provenant de 8 universités et instituts d’enseignement supérieur (dont l’Université belge de Louvain), se sont rencontrés pour approfondir le thème de la gratuité dans son rapport à l’économie.

Ce colloque s’est déroulé en quatre sessions, consistant chacune en une brève présentation 151016 Marienkroon Expert Meeting 01 ridsuivie d’une discussion animée et riche, mettant en relation divers points de vue sur le marché, l’économie, l’entrepreneuriat, la gratuité et le charisme.
Dans la première session, Luigino Bruni a présenté sa vision du marché comme lieu de rencontre plutôt que de compétition, et suscité un dialogue très vivant. L’économie de Communion a ensuite été amplement présentée par Leo Andringa et Lorna Gold, et par l’entrepreneur belge Koen Vanreusel.

En conclusion ce fut un échange interdisciplinaire de haut niveau, sans compétitivité intellectuelle, dans un climat de grande ouverture et amitié – compte tenu des différences de terminologie entre différentes disciplines – et il est apparu urgent de voir que l’économie offre la possibilité de travailler à une culture civile. Le dialogue sur ces sujets, vraiment fructueux, continuera certainement à l’avenir.

151017 Utrech Lecture LB 01 rid sxLe second colloque, “Thomas More Lecture”, s’est déroulé le samedi 17 octobre après-midi, à l’Academy Building de l’ Université d’Utrecht, avec Luigino Bruni comme conférencier, sur « Économie et amour : Éros, Agape, et Philia ». Luigino Bruni a décrit les trois formes d’amour (éros, philia, agapè), leurs caractéristiques respectives et leur importance pour la vie en commun, notamment dans la sphère économique. Les 250 participants (et plus) ont été frappés par le thème et par le style dialogal  de la conférence de Bruni.

À la fin de son intervention, Luigino Bruni et Alessandra 151017 Utrech Lecture LB 03 ridSmerilli ont reçu leur dernier livre traduit en néerlandais et tout juste imprimé : “De ongekende kant van de economie,“ (titre italien : “L’autre moitié de l’économie” ). Ce livre, publié par la maison d’édition Nieuwe Stad (nieuwe.stad@focolare.nl), a été littéralement « raflé » par les auditeurs. La ‘quatrième de couverture’ explique le sens du titre – « La face inconnue de l’économie » dans la traduction hollandaise – : en plus du mécanisme du marché, une autre force trop peu connue est à l’œuvre dans l’économie : la gratuité. Les personnes n’agissent pas qu’en simples sujets calculant tout en fonction de leur seul intérêt : une forte tension caractérise aussi la nature humaine, celle de réaliser quelque chose de beau et de bon. Parfois cette force, la gratuité, prend une consistance exceptionnelle et génère un charisme – disent les auteurs – source contagieuse et permanente d’innovation.

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L’économiste Luigino Bruni : l’économie de l’honnêteté du pape François n’est pas un principe abstrait

par Gelsomino Del Guercio

Paru sur Aleteia le 16 settembre 2015

141003 05 LoppianoLab AIPEC 05 ridVers un réseau européen d’Économie de Communion (EdeC) qui soutienne et relie les parcs d’activités du Portugal, stuff de Belgique, France, Espagne, Croatie et Italie, où opèrent des entreprises qui adhèrent au projet ; la première société italienne spécialisée dans le microcrédit (MECC) pour entreprises de l’Économie Civile et de Communion (ECdC) ; une École Atelier pour les jeunes dans le monde du travail et de l’entreprise en collaboration avec entrepreneurs et économistes ; le point sur « l’art » de l’Économie de Communion au niveau mondial après le récent Congrès international de l’EdeC à Nairobi (Kenya).

C’est sur ces fronts et ces parcours que le peuple de l’Économie de Communion en Italie se retrouvera, avec tous les intéressés, pour débattre, projeter et construire, les 25 et 26 septembre prochains, à Figline Valdarno, dans le cadre de la sixième édition de LoppianoLab, avec pour titre : « Au-delà des peurs. Culture du dialogue, citoyenneté active, économie civile« .

« Nous voulons porter la créativité, les idées, l’entrepreneuriat et surtout la participation du plus grand nombre à la reconstruction du bien commun », explique l’économiste Luigino Bruni, coordinateur international du projet Économie de Communion et membre du comité scientifique de la Convention.

Nouvelle lymphe d’Afrique150531 Nairobi Congresso EdC 53 rid

À la Convention, poursuit-il, « nous ferons le point et développerons les projets des ‘incubateurs d’entreprise’ pour la croissance d’activités entrepreneuriales en Afrique, d’où nous avons un nouveau point de vue sur l’économie mondiale, et en Italie, avec le soutien d’entrepreneurs des deux continents. ‘Relation et communion’, valeurs culturelles centrales des peuples africains, sont aujourd’hui des caractéristiques incontournables pour une économie qui aspire à générer et régénérer le tissu humain et le bien-être des peuples, non seulement dans l’Italie des débarquements ou dans l’Europe des frontières envahies de migrants, mais dans le monde entier ».

Les raisons du « Nous »

Bruni part d’un principe : « On ne sort des crises économiques qu’en se mettant ensemble. Plus fort est l’écho de la crise, plus il faut agir collégialement. La communion est la forme de coopération la plus élevée. Pour activer une nouvelle étape de développement, d’emploi, de bonheur en Italie, il nous faut retrouver les raisons du « nous » ».

Coopération gagnante

141003 05 LoppianoLab AIPEC 02 ridL’économiste soutient que son discours est tout autre qu’abstrait. « Ce n’est pas un discours philosophique. Il y a des lieux où la coopération a généré d’importants résultats. Elle est devenue concrète, comme à Cagliari, Catanzaro, Rome, pour ne citer que quelques exemples. La communion y a créé de nouvelles spirales de croissance. D’ailleurs l’économie est comme la vie : sans concorde entre les acteurs de sa croissance, le système entier échoue »

L’Économie de l’honnêteté

Pour « concourir ensemble » il faut appliquer à fond l’appel du pape François contre la corruption. « L’économie de l’honnêteté dont a parlé le Saint Père fait déjà intégralement partie de l’agir des entrepreneurs de l’Économie de Communion. « Honnêteté » n’est pas un terme abstrait : il n’a aucun sens quand l’entrepreneur ne paie pas les taxes ou met son siège social à l’étranger, ou ne met pas en commun les bénéfices ».

Jeunes entrepreneurs

Aux jeunes entrepreneurs qui veulent se lancer dans des innovations, Bruni lance un 141003 05 LoppianoLab Convention pubblico 03 ridmessage clair : « On ne peut pas s’en sortir sans dialogue avec un corps d’entrepreneurs, consultants, experts qui font sentir au jeune qu’il n’est pas seul. Souvent le problème auquel est confronté celui qui veut se lancer dans un nouveau projet entrepreneurial est qu’il n’a que les banques comme interlocuteurs. Enthousiasme et jeunesse ne suffisent pas : soutien et expérience sont nécessaires. L’esprit de l’Économie de Communion est justement cela : ne pas exploiter un jeune entrepreneur, mais lui apprendre à coopérer ».

Régénérations / 7 – Le temps du sable a passé, story vienne la maison des béatitudes

par Luigino Bruni

Paru dans Avvenire le 13/09/2015

Logo rigenerazioni ridQu’existe l’eau, qu’existent les choses, le caillou, la fouine, la caresse, le vent ; qu’existent le vide infini, l’attrait de l’espace, l’émiettement des paroles d’amour ; leur crépitement est sans trêve quand l’amour est chemin »

Chandra Livia Candiani, La poupée boxeur

Le manque de joie dont souffrent depuis longtemps l’Europe et l’Occident est conséquence directe de l’oubli de la logique et de la sagesse des béatitudes. Les béatitudes personnifient et expriment toutes ces valeurs que rejette et méprise le capitalisme, notre monde toujours plus construit à image et ressemblance du dieu business.

Douceur, engagement pour la paix, pauvreté, miséricorde, pureté : ce n’est pas le langage de l’économie capitaliste et de sa finance. En effet, si nous les prenions au sérieux, il nous faudrait raser nos empires de sable et commencer à construire la maison de l’homme des béatitudes. Ce n’est pas un hasard si, en beaucoup de lieux en Europe, en ces jours tragiques et merveilleux de réveil inattendu et surprenant des béatitudes, les grands absents sont les grandes entreprises et les banques. Dans leur empathie sans compassion et leur nonchalante indifférence,  elles poursuivent leurs productions et leurs rites, sans ouvrir leurs « maisons », sans ôter leurs chaussures ni réapprendre à marcher pieds nus. Comme l’Adam, comme les enfants, comme les pauvres.

Pureté est la parole la moins comprise et aimée de notre civilisation de la consommation et de la finance. Pourtant, sans pureté, nous ne comprenons pas le monde, nous ne voyons que sa superficialité et sommes aveugles aux plus belles choses. Notre pauvre et mauvaise vue perd l’énorme beauté cachée dans ce qui semble impur et repoussant.

Dans l’Évangile, la pureté est étroitement liée au cœur et aux yeux. « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Le cœur de l’humanisme biblique exprime la nature profonde, spirituelle et concrète de la personne. Cependant, dans la culture hébraïque et donc dans celle de Jésus et des évangélistes, Dieu ne se voit pas. C’est là une des vérités plus profondes et radicales de toute la Bible, le centre de sa lutte contre toute idolâtrie envers des dieux très visibles et donc faux. YHWH est une voix, qu’on peut écouter à travers la parole des prophètes, entendre palpiter dans l’univers. Tous les humains ont ceci en commun : ils peuvent écouter Dieu mais pas le voir. Que voit donc le pur s’il ne peut voir Dieu ? Et quelle est cette pureté nouvelle et différente, la pureté du cœur ?

Pour la comprendre ou en pressentir quelque chose, il faut se rappeler que le monde antique avait sa propre conception du pur et de l’impur, à la base de tout l’ordre social et religieux. Il existait des lieux purs et des lieux impurs, personnes, animaux, métiers, moments, activités, objets purs et impurs, et la société était construite de manière à éviter les contaminations et protéger la pureté de l’impureté. Toute la hiérarchie sacrale était ordonnée à cette fonction de séparation.

Le message chrétien a réellement renversé cette vision du pur et de l’impur (qu’annonçaient déjà quelques prophètes et le livre de Job), en proposant une toute nouvelle idée de la pureté, dépassant la notion même d’impureté. Voilà pourquoi la pureté du cœur n’est pas l’innocence merveilleuse des enfants, ni celle des animaux et de la nature. Ces puretés naturelles étaient la source de la pureté sacrale des communautés antiques, qui, après l’avoir perdue, cherchaient à la récupérer en sacrifiant aux dieux des animaux, des végétaux, des vierges, des enfants.

Mais la séparation du pur de l’impur, des purs des impurs, était trop enracinée dans le monde pour que cette révolution de l’Évangile puisse durer longtemps et générer une nouvelle civilisation. Ainsi, au cœur même de la chrétienté, on a recréé les impurs et les lépreux, et reconstruit pierre après pierre la même culture de l’immunité préchrétienne (décontamination), qui vit en ce moment son apogée, en cette époque irréligieuse et sécularisée, dont les multinationales sont les principaux apôtres.

La pureté de cœur est exactement l’opposé de l’antique (et postmoderne) culture du pur dans son opposition à l’impur. François, dans son testament, nous dit que sa conversion commença réellement quand il se mit à fréquenter les lépreux d’Assise, abattant ainsi le mur de séparation entre pureté et impureté. La pureté du cœur ne fuit pas les lépreux. Elle les rencontre, les cherche, les aime, les embrasse. Sa première caractéristique est la soustraction du terme impur du vocabulaire du mauvais, et l’idée que la vraie vie passe justement par la soi-disant impureté. Alors les yeux nouveaux que reçoit le pur lui donnent de voir un monde différent, où a disparu l’impureté. Là où s’opère une distinction entre purs et impurs, où l’on se met du côté des premiers, on ne trouve certainement pas la pureté des yeux.

Une caractéristique commune des personnes au cœur pur est qu’elles ne se définissent pas pures. Supprimée la barrière entre pur et impur, la pureté devient milieu de vie, et les cœurs purs y vivent sans la voir. Cette élimination du rideau séparant le pur de l’impur advient de diverses manières. Presque toujours il s’agit d’un don, parfois d’un acte de libération survenant à un moment donné dans la vie. Toujours c’est un mouvement de l’âme renonçant à conquérir la pureté, parce que sa recherche volontaire est la voie sûre pour perdre celle que nous avions déjà sans le savoir, et n’avoir plus que la pureté païenne. C’est pourquoi la pureté du cœur, comme toutes les autres béatitudes, ne peut être appelée vertu, parce qu’elle arrive sans qu’on la cherche. Aussi est-elle pure liberté et plus profond bonheur.

Telle est la première pureté du pur : être pur sans s’en rendre compte, sans donc pouvoir s’approprier la pureté. Elle est pureté à l’état pur. Et puis le cœur pur n’est pas connu comme tel : sa pureté ne se voit pas, à moins qu’elle ne soit l’antique pureté préchrétienne. Le monde est peuplé de cœurs purs, mais nous sommes incapables de les voir, parce que nous cherchons la pureté où elle n’est pas.

On devrait reconnaître le pur à ce qu’il sait voir autour de lui. Il voit Dieu. Mais si Dieu ne se voit pas, que voit donc le pur ? Il voit et ressent la présence de l’infini en lui, que certains ressentent et appellent le divin, que beaucoup d’autres voient et ressentent également mais sans pouvoir le nommer. Le pur la découvre dans la nature, dans le monde, partout. Il la découvre surtout dans les autres, dans tous ceux qu’il rencontre ou qu’il découvre dans les livres, la musique, l’art, la poésie.

Pour lui tout homme, toute femme, est comme le tabernacle d’une présence, même s’il en a perdu la clé ou qu’il reste toujours fermé. Toute personne l’attire ; c’est un amoureux de la vie et plus encore des gens. L’amour du pur est tout agapè, comme il est aussi tout eros et tout phylia. Il voit que la beauté habite vraiment le monde, et que la plus grande est celle des personnes. Par son regard il est capable de dire : « Petite fille, lève-toi ! ».

Le regard pur a la capacité de ressusciter l’image divine apparemment morte, mais qui dort en réalité, tandis que parents et amis pleurent sa mort. Mais le signe sans équivoque de la présence des cœurs purs est de les voir embrasser les pauvres et les lépreux.

Cette pureté donne de grands fruits en qui est responsable de communauté ou chef d’entreprise. On reconnaît le leader au cœur pur à ce qu’il sait voir dans les autres. Un des plus grands dons que peut nous faire la vie, est de nous placer à côté de collègues ou de dirigeants au cœur pur. Le joug de la fatigue devient alors très léger, et le travail un compagnon.

Mais il y a autre chose, encore plus sublime peut-être. S’il est vrai que le cœur pur voit Dieu et que sur terre Dieu ne se voit pas, alors le monde est plein de purs qui voient Dieu sans le voir, qui ne savent pas que ce qu’ils voient est Dieu parce qu’ils ne le reconnaissent pas. Dieu est là où il n’est pas, là où même les cœurs purs ne peuvent le voir. C’est une très bonne nouvelle, qui doit nous combler d’espoir en ce temps qui semble une très obscure nuit de Dieu.

La rencontre avec le cœur pur est souvent décisive dans la vie. Grâce à ces yeux qui nous regardent autrement, nous pouvons, ne serait-ce qu’un instant, nous brancher sur ce que nous avons de plus profond et vrai, et, ainsi regardés, nous ressentons le désir de devenir ce que nous étions déjà sans le savoir encore, ou simplement de revenir à la maison.
Ces regards croisés nous font revivre l’accueil de ce premier bon regard de femme à notre venue au monde, que nous continuons à chercher durant toute la vie. La présence de ces yeux est une forme très précieuse de bien commun : ils gardent en vie le regard d’Élohim sur la terre, ces yeux qui sur les routes de Palestine changèrent le monde en le regardant autrement : « Et, le regardant, il l’aima ».

La pureté, comme toutes les réalités de notre terre, peut se perdre. Même le regard du cœur pur peut s’égarer. Et le seul vrai signal de la perte de la pureté est l’incapacité à voir dans les autres, dans le monde et en nous, une présence de l’infini, quand plus rien ne nous attire et ne nous enchante.

Mais comme toutes les réalités spirituelles, la pureté du cœur peut se retrouver : on peut redevenir purs. Trop grande est en effet la nostalgie de ce Dieu que nous avions vu – sans le voir – en nous et autour de nous. Et le premier signe de la pureté recouvrée est qu’on la désire à nouveau, pour embrasser pauvres et lépreux. Long chemin d’une existence fleurie et heureuse jusqu’à retrouver dans la vieillesse la pureté de l’enfance transformée en pureté du cœur. « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

Ce projet, view né il y a un an et demi et qui a été annoncé dans le Rapport EdeC 2013-2014 est arrivé à terme. Interview de l’entrepreneur Koen Vanreusel.

Par Antonella Ferrucci

150829 Novi Sad Inaugurazione Easykit 03 ridQuoi de plus agréable que la tiédeur de la maison par une froide soirée d’hiver ? En Belgique, more about depuis plus de 20 ans, health on peut installer soi-même chez soi un bon système de chauffage (avec les meilleurs résultats), grâce à l’assistance de l’entreprise EdeC Easykit nv. Depuis le 29 août, en Serbie, à Novi Sad, on peut faire la même chose grâce à Easykit D.O.O : le rêve de Koen, Kris, Johan et Attila est devenu réalité.

Ce projet avait commencé à prendre forme au congrès EdeC d’Ottmaring en Allemagne, en octobre 2013 : pour la première fois les entrepreneurs EdeC du Nord et de l’Est de l’Europe vécurent ensemble leur congrès.

Ce ne fut certes pas facile pour les organisateurs de cette rencontre d’harmoniser entre 150829 Novi Sad Inaugurazione Easykit 05 ridelles des mentalités aussi différentes (quel défi d’assurer les traductions en des langues aussi diverses…), et pourtant l’histoire de Koen et d’Attila montre une fois encore la capacité génératrice de la « biodiversité ». L’idée initiale a été suivie d’une période d’évaluation de la faisabilité, avec des visites réciproques en Belgique et en Serbie, puis d’une intense année de travail pour constituer la nouvelle société, Easykit Serbie, qui ce 29 août a inauguré à Novi Sad son premier magasin.

Koen, peux-tu nous dire quelque chose de ton entreprise ?

Nous avons fondé notre entreprise Easykit en Belgique il y a un peu plus de 20 ans, avec un client, un magasin et deux salariés, Kris et moi. Aujourd’hui nous avons plus de 60 salariés, 7 magasins et nous pouvons assister plus de 2000 clients chaque année..

150829 Novi Sad Inaugurazione Easykit 04 ridEn quoi consiste votre affaire ?

Easykit Belgique et Easykit Serbie vendent des installations de chauffage que les clients, avec notre assistance, peuvent monter eux-mêmes, fiers du résultat obtenu, et contents d’économiser sur l’installation. C’est cette « assistance » qui nous différencie de nos concurrents, gagnant avec succès en Belgique la faveur du public.

Comment t’expliques-tu ce succès ? Quand vous avez commencé avec Kris, vous ne pouviez pas savoir si cela fonctionnerait…

L’entrepreneur doit toujours regarder devant, observer le monde qui l’entoure et chercher à le rendre meilleur à travers son entreprise. Pour Easykit, cela signifie :
1. Assister le client dans le montage de l’installation de chauffage et d’autres équipements techniques dans sa maison.
2. Créer des emplois pour les personnes et les familles
3. Aller plus loin en s’intéressant au monde environnant, proche et lointain, et apporter l’aide possible, à travers la mise en commun des bénéfices dans le projet EdeC.150829 Novi Sad Inaugurazione Easykit 08 rid
Notre idée a assurément correspondu à un besoin des gens : économiser en montant eux-mêmes l’installation, et obtenir un résultat optimal grâce à l’assistance technique reçue. En termes d’économie civile, les biens relationnels et l’avantage mutuel se marient et font le succès de notre entreprise.

Comment s’est passée ta rencontre avec Attila, et quelle suite y a-t-il eu ?

Quand nous nous sommes connus en octobre 2013, j’ai vu en Attila beaucoup d’enthousiasme pour notre entreprise et nos produits : là, nous avons commencé à penser que notre idée pouvait réussir aussi en Serbie. Avec Boglarka, sa femme, il a immédiatement souscrit aux trois points de notre mission : nous y avons vu un signe pour commencer cette aventure. Nous avons construit pas à pas 150829 Novi Sad Inaugurazione Easykit 01 ridcette nouvelle société, rencontré des personnes aptes à gérer localement la comptabilité, la fourniture de nos produits, l’implantation du magasin. Bien sûr nous avons dû adapter nos idées au contexte local. Nous avons rencontré surprise et curiosité, mais ensuite toujours, je dois dire, cela s’est transformé en collaboration. Aujourd’hui nous sommes heureux et très confiants en l’avenir de Easykit Serbie ; l’enthousiasme des associés est tel que, certainement, il va vite conquérir nos futurs clients.

L’inauguration d’Easykit Serbie a été pour toute la communauté EdeC serbe un moment de grande joie, avec une soixantaine de participants. L’invitation disait : « L’entreprise 150829 Novi Sad Inaugurazione Easykit 09 ridest un bien commun qui enrichit la communauté entière ; elle a donc besoin de « tout le village » pour survivre ». « En effet – nous confie Minka Fabjan il semble que ‘tout le village’ soit accouru pour souhaiter la bienvenue à la nouvelle entreprise. Parmi les commentaires recueillis : « C’est notre entreprise », « c’est un miracle », « c’est une nouvelle humanité ». Une immense gratitude était palpable envers les amis belges pour leur compétence, communion, accompagnement et amitié« .

L’enfant est né et Easykit peut maintenant grandir. Meilleurs vœux de toute l’EdeC !

Lire dans le Rapport EdeC 2013-2014 : En Serbie, naissance d’Easykit