Economie de Communion - La culture du don

Économie, santé et bonheur : qu’en disent les spécialistes ?

À Lugano, healing en Suisse, treat s’est tenu le Colloque « Économie, ed Santé et Bonheur » organisé par  Supsi, Heirs et Swiss School of Public Health. Nous en parlons avec Luca Crivelli, directeur du Département d’économie de l’entreprise, de la santé et de la vie sociale de la SUPSI.

Par Antonella Ferrucci

160114 16 Lugano Conferenza Happiness 1607 ridUn colloque universitaire international, unique en son genre, a réuni à la mi-janvier à Lugano 150 spécialistes de 4 continents sur un sujet –économie, santé, bonheur – qui a fait appel à une vaste palette de chercheurs et conféré à l’événement une interdisciplinarité rarement présente dans ce genre de congrès. Économistes, psychologues, sociologues et médecins, chacun du point de vue de sa discipline, se sont confrontés pendant deux jours et demi sur le rapport entre économie, santé et bien-être individuel et collectif, dans une présentation kaléidoscopique de travaux et thématiques de grande variété. Dans les 33 sessions parallèles chaque contribution, précédemment présentée à l’attention de tous, a été amplement commentée.

« Ce regard interdisciplinaire n’a créé aucune division ni rivalité entre approches scientifiques différentes ; au contraire, cela a généré un grand enthousiasme chez les experts : c’est dans le dialogue entre les disciplines que jaillit cette richesse d’idées qui permet de comprendre en profondeur ces problèmes si universels », nous raconte Luca Crivelli.

Luca, peux-tu évoquer l’un ou l’autre des sujets traités ?

« Beaucoup de contributions mériteraient d’être citées. Surtout la première intervention, celle de Bob Sugden, économiste et fin penseur, et son exercice de démontage des prémisses anthropologiques sur lesquelles se fonde la théorie du « Nudge » (coup de pouce), élaborée par quelques économistes comportementalistes. En appliquant l’apport de la psychologie à l’analyse des choix économiques et sociaux, Richard Thaler et Cass Sunstein définissent une approche qu’ils appellent « paternalisme libertaire », qui légitime l’intervention des ‘architectes des choix’ dans l’offre méthodique des 160114 16 Lugano Conferenza Happiness 0142 ridoptions entre lesquelles le citoyen doit faire ses choix. Tout en sachant que certains choix sont néfastes à leur bien-être (tabac, alcool) et d’autres bons (alimentation saine, sport), la plupart des gens persistent dans leurs mauvais choix. Selon la théorie du « Nudge », il faudrait aider les personnes à faire le juste choix, en le facilitant (dans une cantine scolaire disposer les gâteaux derrière les fruits, salades et aliments sains), car cela réduit l’effort de « résistance à la tentation » et rend les choix plus rationnels dans l’intérêt des consommateurs. On rend plus fatigant le mauvais choix, par une sorte de « paternalisme libertaire ». Et bien, Bob Sugden ne partage pas cette vision et démontre, par une série d’exemples très appropriés, que les motivations peu rationnelles des gens dans leurs choix sont beaucoup plus nombreuses et variées que ne le suppose la théorie du ‘nudge’. »

D’autres points de vue intéressants ?

« J’en cite quelques uns. D’abord le rapport très intéressant de la sociologue Dorothy Watson, qui a démontré, comme le montre l’Irlande, que les actuels indicateurs de bien-être sont peu adéquats pour rendre compte de la multi dimensionnalité des pauvretés que génère l’actuelle crise 160114 16 Lugano Conferenza Happiness 1445 ridfinancière. Ensuite, dans son intervention, Carol Ryff a communiqué les résultats d’une étude approfondie faite aux États-Unis, selon laquelle un des éléments fondamentaux pour le bien-être et la santé psychophysique des personnes est le fait d’avoir un « but dans la vie ». Puis Jennifer Nedelsky a souligné la nécessité de repenser complètement l’organisation du travail et de la santé. Elle propose d’augmenter les normes qui imposent à tous un maximum de 30 heures de travail rémunéré et 12 heures dédiées à s’occuper des autres, et un minimum de 12 heures de travail rémunéré (travail à temps partiel pour tous) et un maximum de 30 heures de service aux autres. Nedelsky imagine donc pour tous une part de travail rémunéré et une part de service. Dans ce cas on agit sur les codes de comportement social, en rendant inconvenant un temps de travail prolongé qui n’envisage pas d’heures gratuites de service. »

Donc des façons très variées de comprendre le rapport entre économie, santé et bonheur… y a-t-il eu d’autres pistes de réflexion ?

« Oui, je peux en citer deux. Giampiero Griffo, président du World Council of Disabled Peoples’ International, s’est demandé dans quelle mesure les études sur le bien-être tiennent compte du point de vue de ceux et celles qui vivent en situation d’invalidité, non pas comprise comme lacune, mais comme expression d’une diversité qui nécessite un « abaissement des obstacles »160114 16 Lugano Conferenza Happiness 1007 rid pour pouvoir exprimer pleinement ses potentialités. Et l’épidémiologiste suisse Nicole Probst-Hensch a souligné que le bien-être et le bonheur laissent des marques génétiques phénotypiques mesurables. En ce sens, les bio marqueurs pourraient se révéler un instrument très efficace pour conférer une objectivité biologique à ce qui émerge des études subjectives. Aujourd’hui, dans les banques de données sur le bien-être, si l’on pouvait croiser les traces du bonheur dans le corps avec les aspects psychologiques subjectifs, on identifierait mieux les relations de causalité entre les divers facteurs, et quelles interventions amélioreraient la vie des personnes. Il s’agit ici d’allier la recherche en génétique aux processus de construction du bien-être de tous. »

Magnifique exemple de la valeur ajoutée qu’apporte la « relationnalité » entre diverses disciplines…

« Oui. Je dois dire que la dimension relationnelle a été vécue de manière extraordinaire durant ce colloque, à commencer par les principaux conférenciers (keynote speaker) qui, contrairement à ce qui arrive habituellement, ont assidûment participé à tout le congrès, 160114 16 Lugano Conferenza Happiness 1689 ridtoujours présents et à l’écoute de tous. Et puis l’état d’esprit, non de compétition mais cordial, a favorisé une dynamique différente de celle qu’on trouve habituellement en milieu universitaire, et a créé des ponts impensables dans ce milieu : beaucoup à la fin nous ont remerciés pour cela. Enfin, la dernière touche est revenue à l’art. À côté des classiques appels à contribution, un appel spécial avait été adressé aux étudiants d’une école d’art et de théâtre associée à la SUPSI. Cela a conduit à une série de courtes scènes présentées le vendredi soir : un point de vue – celui des jeunes artistes – vraiment surprenant, une critique féroce de la société de consommation, qui a été un des moments les plus forts du colloque. »

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